Cela fait plusieurs jours que je me mets devant mon ordinateur pour commencer cette lettre de nouvelles et que les mots se bousculent sans parvenir à s’organiser, comme si les phrases s’opposaient, se contredisaient faisant ainsi perdre tout sens au texte. Comme si deux regards se croisaient en moi, deux lectures du monde qui m’entoure qui se percutent et se repoussent à l’instar de deux aimants opposés qui s’écartent avec d’autant plus de force qu’ils se rapprochent l’un de l’autre. Comme si chacun de mes yeux, en regardant la même scène, ne voyait plus la même chose.Suite de notre série sur Haïti avec le pasteur Philippe verseils, envoyé par le Service Protestant de Mission (partenaire des EEUdF pour les formations à la solidarité internationale) en Haïti auprès de la Fédération Protestante Haïtienne.
A 16h53, 35 secondes de silence ont pétrifié la ville
comme elles l’avaient ensevelie il y a tout juste un an.
Plus une parole, plus un geste pour marquer ce temps de mort.
Bref instant de mémoire vivante et vibrante pour tant de morts.
Je le ressens en cet instant comme une fracture : je ne suis pas d’ici.
Je ne sais pas si les grandes douleurs sont muettes, mais les souffrances des autres sont indicibles.
Elles ne se partagent pas.
Elles ne nous appartiennent pas.
Les exprimer à leur place serait comme les leur voler.
Les façonner de mots serait en nier l’horreur.
Un éditorialiste du Nouvelliste nous l’avait demandé : « Je suggère que nos amis étrangers nous laissent seuls pour un jour au moins. Pour un seul jour. Pour que les Haïtiens puissent enfin communier seuls avec leurs morts. Nous avons besoin de retrouver un peu de paix ce jour-là. Seuls avec les nôtres (1) ».
Comment pourrions-nous en ce jour faire mémoire ensemble de souvenirs qui ne nous sont pas communs ?
Je ne peux que vous dire l’émotion qui m’étreint.
Je ne veux pas cacher les sanglots retenus qui me serrent la gorge.
Ils me viennent de la vision de leur peine et non de l’évocation de leurs maux.
Je ne peux, en ce jour, que vous transmettre leurs propres paroles :
« Dans un an et un jour, j’irai pleurer sur les fosses communes qui ont enseveli mes frères et mes sœurs.
Je ferai la prière de l’adieu.
Je prononcerai l’absoute qui libèrera leurs âmes de l’horreur de ce monde et qui les purifiera de toutes les souillures.
Dans un an et un jour, je libèrerai ma folie et enterrerai mon désespoir.
Je danserai ma résurrection au son des vaccines et des tambours.
Je ferai entendre un chant de vie sur la terre qui a recueilli les membres mutilés de mes frères et sœurs.
J’ouvrirai les portes fermées du deuil.
Je brûlerai l’encens dans les cathédrales.
Je jetterai du parfum sur les autels et les reposoirs.
Je secouerai avec fracas le potomitan debout au milieu de la terre.
Dans un an et un jour, je jetterai mes habits de deuil.
Mon cœur aura assumé la malédiction des cent mille morts, des cent mille malheurs, des cent mille vies dispersées par le vent du destin.
Je me réconcilierai avec mes morts, avec mon pays, avec mes autres, avec moi-même.
J’aurai appris du malheur l’humilité des sages, la témérité des braves, l’audace des éprouvés et le courage des déshérités.
J’aurai appris la valeur des larmes, la force du chagrin et l’apaisement du réconfort.
Dans un an et un jour, je chanterai pour eux, pour nous.
Pour eux qui sont morts pour nous et nous qui vivons pour eux, qui porterons désormais leurs rêves et leur idéal, leurs passions et leurs confessions (2) ».
(1) Pierre ERICQ,
Le Nouvelliste, 5 Janvier 2011
(2) Maismy-Fleury FLEURANT, « Absoute », in Les semences de l’Espoir, recueil de poésies publié par les Editions du CIDIHCA, Montréal, en 2010
Anne Lancelot est une ancienne éclaireuses unioniste aujourd’hui chef de mission en Birmanie à Médecins du Monde. Interviewée dans le journal Réforme, à la question de ce que peut apporter le voyage à des équipes d’aînés, Anne Lancelot répond : « C’est très bien. Il ne faut pas croire que c’est de l’humanitaire. Il faut trouver un projet qui a du sens pour les gens chez qui ils vont et nouer un partenariat pour que des jeunes rencontrent d’autres jeunes et organisent ou construisent quelque chose ensemble. Voyager, cela permet de relativiser les choses, de découvrir le monde dans lequel on vit, les différents niveaux de pauvreté. Des jeunes qui vont à Nairobi vont découvrir par exemple qu’il y a des gens très riches et très pauvres. Ensuite, on réalise que c’est un peu pareil en France et que plus ça va, et plus on tend vers cet écart. Cela agrandit la vision que l’on a du monde, on comprend alors que notre modèle de développement n’est pas le seul. Un jour, j’ai amené des Afghans au pied des Pyrénées, ils ont rencontré des agriculteurs biologiques. Ils étaient fascinés par cette envie de revenir à des méthodes plus traditionnelles. »
Le journal Réforme (hebdomadaire protestant) est venu assister aux Spots des rencontres où des équipes d’aînés de différents pays se retrouvent. Tu peux visionner un diaporama et lire des témoignages publiés dans ce journal.
Cet article est le début d’une série sur Haïti, suite à la présence de Philippe Verseils, pasteur français envoyé par le DEFAP auprès de la Fédération Protestante d’Haïti. Le DEFAP (ou service Protestant de Mission) est le partenaire des EEUdF pour les formations à la solidarité internationale.
Diplômé de l’Institut de hautes études internationales de Genève, le Brésilien Ricardo Seitenfus a 62 ans. Depuis 2008, il représente l’Organisation des Etats américains en Haïti. Il dresse un véritable réquisitoire contre la présence internationale dans le pays
Ricardo Seitenfus: Le système de prévention des litiges dans le cadre du système onusien n’est pas adapté au contexte haïtien. Haïti n’est pas une menace internationale. Nous ne sommes pas en situation de guerre civile. Haïti n’est ni l’Irak ni l’Afghanistan. Et pourtant le Conseil de sécurité, puisqu’il manque d’alternative, a imposé des Casques bleus depuis 2004, après le départ du président Aristide. Depuis 1990, nous en sommes ici à notre huitième mission onusienne. Haïti vit depuis 1986 et le départ de JeanClaude Duvalier ce que j’appelle un conflit de basse intensité. Nous sommes confrontés à des luttes pour le pouvoir entre des acteurs politiques qui ne respectent pas le jeu démocratique. Mais il me semble qu’Haïti, sur la scène internationale, paie essentiellement sa grande proximité avec les EtatsUnis. Haïti a été l’objet d’une attention négative de la part du système international. Il s’agissait pour l’ONU de geler le pouvoir et de transformer les Haïtiens en prisonniers de leur propre île. L’angoisse des boat people explique pour beaucoup les décisions de l’international vis à vis d’Haïti. On veut à tout prix qu’ils restent chez eux. Lire la suite »
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