Vous avez toujours voulu savoir comment fonctionne le marchandage. Pierre-Loup Vasseur qui est allé avec son équipe de Macon au Togo vous décris l’atmopshère du marchandage, son ambiguité, sa perception. Vous pouvez retrouver les articles de leur saga, leur découverte du marché .
Durant ce séjour, nous fûmes briefés au marchandage, qui est une coutume dans ces pays d’Afrique, au point que si j’achète un produit sans négocier, non seulement cela ne fait que renforcer l’idée que les yovos ont plein de tunes, et cela est très mal perçu. Il faut toujours marchander même pour des objets très bon marché.
Comment fait-t-on pour marchander ?
(C’est tout en art, un jeu du mensonge, de la persuasion et du vice !)
Par exemple, je me balade dans les rues du grand marché et je vois un masque en ébène, je vais vers le vendeur et j’lui demande : ” c’est combien pour ce masque ? “.
Etant donné que je suis blanc, il y aura une marge yovo, c’est-à-dire que le produit sera un peu plus cher que s’il le vendait à un togolais pur souche.
Le Vendeur : ” 10 000 FCFA ” cela vaut environ moins de 15 euros.
Là, j’lui dis que je suis pas d’accord, je lui sors des arguments, n’importe lesquels tant que ça reste crédible. Puis je lui annonce mon prix, qui sera toujours au tiers du prix fixé au départ.
Moi : ” Ah nan ! C’est trop cher, je l’achète seulement à 3500. ”
Là, normalement, le vendeur bouche bée, me dit que c’est pas possible, qu’il a passé beaucoup de temps pour faire ce joli masque artisanal.
Mais ATTENTION ! Hauts les cœurs ! Pas de sentiments, il ne faut pas avoir de la peine, au contraire, il faut continuer et persister, ça peut prendre une demi -heure de négocier. Il ne faut surtout pas fléchir le premier, l’artiste a besoin d’argent, par conséquence il va baisser son prix, mais il faut continuer.
Moi, de mon côté je vais l’encourager à baisser son prix, augmenter mon prix initial de 500 FCFA petit à petit. Je vais donc lui dire :
“ Bon écoute, je fais un effort, je monte mon prix à 4000FCFA (environ 6euros), mais de ton côté , baisse ton prix Parfois il faut compatir à sa peine : “ Oui, je sais que tu as beaucoup travaillé, mais moi , j’ai travaillé deux ans pour ce voyage, j’ai pas beaucoup d’argent, est-ce que tu me comprends ?
Le marchandage, c’est relativement affreux en fait, car les prix sont dérisoires pour nous français, mais on essaye d’obtenir l’objet désiré le moins cher possible, ce qui n’est pas très agréable comme sensation, lorsque justement on veut aider les gens, à leur donner un petit coup de pouce dans leur combat quotidien afin de vivre.
A partir du moment, où le prix proposé dépasse la moitié du prix initial, il ne me reste plus qu’à lui dire que je m’en vais, et que la conversation est terminée.
Là, c’est l’ultime ressource qui me reste, parce que parfois le marchand va venir me chercher dans la rue pour me vendre mon masque en ébène au prix que je voulais. Par contre, je pourrais voir à quel point ça lui arrache le cœur, et à quel point il a besoin de mon argent.
Un dernier point que j’ai envie de développer concerne le marché artisanal :lieu de rassemblement de ceux qui sont initiés à la sculpture sur bois, à la forgerie et à la céramique. C’est une ruelle s’étendant sur 200 mètres plus ses artères latérales. Ici, je pouvais voir une forte concentration de rastafari, dreadlocks, tee shirts à l’effigie de Bob Marley, simple jeans et où les couleurs de l’Afrique (le rouge, le vert et le jaune) étaient mises en valeurs.
J’aimais bien cette endroit car ces artistes étaient intéressants, parfois c’étaient d’anciens instituteurs, certains parlaient plusieurs langues à force de fréquenter des voyageurs, ou de voyager dans les pays anglophones tels que le Ghana. Ils étaient heureux de pouvoir nous aider et de nous repérer dans le dédale qu’était le grand marché. Néanmoins, il est vrai qu’une fois engagé dans la ruelle, beaucoup nous interpellent afin qu’on entre dans leur échoppe, par conséquence, nous mettions du temps à faire 200 mètres. J’avais l’impression que toutes ces personnes étaient renseignées et instruites sur notre culture occidentale et en général, je sentais cela dans les conversations que j’avais avec eux.
Voila, j’ai essayé de vous parler de la journée où j’ai le plus appris, nous étions totalement immergés dans la masse et le contact avec les marchands, les gens étaient sans intermédiaire. En communiquant avec la population en général de Lomé, j’ai compris que la vie là-bas était un combat de tous les jours afin de survivre. Je me suis aperçu à quel point maintenant ,j’allais savourer tout ce qui m’est accessible à portée de la main, boire en ouvrant un robinet et manger quotidiennement ,en ouvrant un placard ou un frigo. . Cela m’a fait prendre conscience de la chance que j’ai de vivre du côté de notre hémisphère.
Ecrire un commentaire