Catalyse reproduit dans ses colonnes un article fort intéressant du pasteur Richard Dahan pulié dans le journal Mission (le journal du DEFAP ou Service Protestant de Mission avec lequel les EEUdF collaborent pour les formations à la Solidarité Internationale) décrivant les mutations profondes que peuvent apporter des échanges de jeunes. une aventure qu’il a commencé depuis 12 ans dans sa paroisse et qui dure.
Les échanges de jeunes entre le Nord et le Sud sont des espaces rares où, pour un temps, Africains et Français cohabitent ensemble. Quelles sont les suites de ces rencontres ? S’il appartient au secret de chacun de percevoir les effets d’une telle expérience, des leçons peuvent être tirées surtout si elles s’inscrivent dans la durée.
Les camps de jeunes à l’étranger demeurent une parenthèse dans leur vie, apportant un dépaysement et une ouverture. Ils sont des repères, vécus agréablement ou difficilement, qui resteront gravés, et marqueront leur personnalité. De tels séjours sont porteurs de germes d’espérance qui auront une influence dans leur parcours professionnel et familial.
Lors de ces rencontres, la foi et la spiritualité prennent une place importante. Pour les uns, cela coule de source, pour les autres, ils sont en chemin, tout reste ouvert et en chantier. La foi partagée, les chants, la musique et la prière, permettent à ces jeunes de vivre les tensions dans le respect, la transparence et la paix. Qu’en serait-il sinon ? A l’âge de tous les possibles, les jeunes sont sensibles à instaurer plus de justice dans un monde en crise et déboussolé.
La formation et le partage biblique permettent de dépasser les jugements et les préjugés. En situation, il n’est pas aisé de tricher, de faire semblant, ou d’exercer la langue de bois ! Il faut du temps, de la patience, un long cheminement pour se comprendre, découvrir que derrière les mots il n’y a pas toujours le même sens.
Personne ne revient indemne et indifférent de ces séjours, tous en sont marqués d’une manière ou d’une autre. Ils l’explicitent positivement, ou marquent leur déception. Il y a aussi ceux et celles qui, après un long silence, se manifesteront. C’est le secret de chacun.
Aussi modestes soient-elles, ces actions et leurs suites à long terme, ont vocation d’être des lumignons aux couleurs de l’espérance. C’est pourquoi, malgré les problèmes économiques, il est nécessaire de les pérenniser. Pour se connaître, se comprendre, confronter ses différences, imaginer d’autres modèles de société ; rien en effet, ne remplacera cette cohabitation provisoire.
Les jeunes Africains sont particulièrement conscients des graves problèmes de société qui les atteignent : politique de l’immigration, lendemains sombres, économie, chômage endémique, alcool et drogue, environnement, écologie, place de la femme.
Malgré les récentes manifestations – émeutes de la faim, grèves – ils sont peu entendus, et parfois désespérés. Une majorité est amère, regrettant que les étudiants ne puissent rejoindre la France pour se former, contraints de se rendre dans des pays non-francophones, quelques-uns se tournent vers les sectes, pensant que le salut viendra de gourous humains.
Lors de ces camps, les soucis qu’on découvre universels, sont partagés, avec l’intuition qu’ensemble, il est possible de faire front, en étant des sentinelles, des contre-feux ; mettant en commun talents et imagination, résistant au gaspillage, à la destruction de la nature, prônant la démocratie, respectant la femme, se révoltant contre les injustices, se formant à la citoyenneté.
En 1997, lors d’un camp ” retour ” organisé à Nice, par l’Eglise Evangélique du Cameroun et l’Eglise Réformée de Nice, des jeunes adultes camerounais, préoccupés par les immenses carences et besoins de leur pays, et intéressés par des initiatives prises dans le cadre d’associations caritatives, ont eu l’idée de créer un dispensaire dans un des quartiers les plus défavorisés de Douala. Avec détermination, ils ont mené à bien ce service, dont ils en ont fait leur métier.
Le sérieux de leur démarche suscite depuis douze ans une attention particulière et l’association franco-camerounaise Espérance Nord-Sud, mise en place à la suite des camps de jeunes, les encourage. L’été dernier un deuxième dispensaire a été inauguré à Foumban, grâce à leur enthousiasme, et l’appui pour le chantier, de jeunes niçois et camerounais.
Ainsi, avec un minimum de ressources, une grande soif de formation, beaucoup de courage, une foi profonde, des miracles se produisent : le sida recule, les enfants naissent dans de bonnes conditions, les plus pauvres sont accueillis et soignés, la solidarité fonctionne grâce à l’appui des frères et sœurs qui, en France et au Cameroun, se mobilisent pour développer l’action.
Cette expérience est la suite d’une longue histoire d’amour vécue à Aulnay-sous-Bois, quand, dans les années 1975, des membres de l’Eglise Réformée ont eu le souci d’accueillir, en leur sein, les Africains habitant les nouvelles barres dans les cités du 93 ; ensuite a germé l’idée de camps de jeunes, rejoignant ainsi d’autres initiatives.
Pour la majorité, en France comme en Afrique, le regard sur l’étranger devient différent : les préjugés tombent, les peurs s’effacent, la parole circule, l’accueil fonctionne.
Il est utile d’organiser au sein des églises et des associations, mais aussi dans les quartiers et les familles, des rencontres, des débats, avec ces nombreux envoyés qui viennent de vivre de fortes expériences.
Pourquoi ne pas provoquer un colloque, et réunir les participants – certains ont plus de quarante ans – de ces séjours, pour connaître leurs réactions : en quoi ont-ils été marqués ? Qu’ont-ils reçu ? Ces camps ont-ils orienté leur parcours ? Leur foi a -t- elle été bousculée, enrichie ?
Ces initiatives donneraient le goût de reprendre contact, et avec le recul, elles apporteraient un souffle rafraîchissant, un supplément d’idées. Avec les jeunes générations, ils en ressortiraient enrichis et stimulés pour ouvrir ensemble des pistes à inventer.
Richard Dahan
Hippolyte Tayo
avril 8th, 2011 à 14:41
Je suis très heureux de ce commentaire du pasteur Rchard que j’ai particulièrement apprécié dans son rôle d’encadreur clairvoyant à ce camps de Nice en 2007, où j’étais acteur camerounais. assez jeune à l’époque, nous avons vécu des expériences formidables. Les souvenirs restent vraiment frais. et à quelques jours de ma consécration comme pasteur de mon Eglise (l’EEC), je suis heureux de rendre ce témoignage. J’aimerai bien avoir le contact du pasteur Dahan que j’ai perdu de vu à cause de mes multiples mutations.