Pour le centenaire du scoutisme, qui d’autres que Lord Baden-Powell pouvait intervenir dans nos pages en tant que grand témoin ? Seul hic, ce grand homme visionnaire est mort au Kenya, il y a 66 ans… qu’importe, Catalyse en 2007 a relevé le défi et a alors proposé en exclusivité une interview du fondateur du scoutisme à l’occasion du centenaire. Le blog Catalyse vous propose de revivre cette interview surréaliste.
Catalyse : Très cher BP, de là où vous êtes, que pensez vous de cette grande fête que sera le centenaire du scoutisme en 2007.
Lord Baden Powell : C’est extraordinaire. Moi qui ai commencé cette aventure avec une vingtaine de jeunes sur une île au Sud de l’Angleterre, je vois aujourd’hui 28 millions de filles et de garçons s’apprêter à célébrer les 100 ans du scoutisme… Même si l’humilité impose de ne pas trop se glorifier d’un tel résultat, c’est tout de même une belle réussite, isn’t it ?
Catalyse : C’est certain ! Et à propos d’humilité, avec quels sentiments recevez-vous les hommages qui vous sont faits ?
Lord Baden Powell : Ça me fait extrêmement plaisir, bien sûr ! Mais je regrette de me voir si souvent comme un moustachu vieillard… Le scoutisme, c’est d’abord par les jeunes et pour les jeunes qu’il existe, vous savez ! Et puis, même si je continue de croire que le rôle du chef est essentiel, que son exemplarité doit être irréprochable, il ne faut pas non plus tomber dans l’idolâtrie. Je peux vous dire qu’en 100 ans d’Histoire du scoutisme, j’ai vu beaucoup de femmes et d’hommes qui mériteraient plus que moi une telle vénération, en particulier lors de la Seconde Guerre mondiale. Ceux-là ont vraiment prouvé par leurs actes que leur engagement prenait sens au plus profond d’eux-mêmes.
Catalyse : « Un monde, une promesse », ça vous semble un slogan approprié pour le centenaire du scoutisme ?
Lord Baden Powell : C’est une belle trouvaille, réellement. Cela exprime très simplement ce qui fait l’originalité et la force du scoutisme, aujourd’hui encore plus qu’au début du vingtième siècle : être une fraternité mondiale, un réseau de jeunes qui partage ces valeurs essentielles : engagement et responsabilité, sens du service, fraternité, fidélité, bonne humeur, respect des autres et du monde… C’est là l’idéal présent dans la Loi scoute, vers lequel chacun s’engage en disant sa Promesse. Je trouve cette expression «Un monde, une promesse» très encourageante. Au moment de commémorer le début du scoutisme, elle nous emmène vers l’avenir…
Catalyse : En 1907, le contexte économique et social n’était pas du tout le même qu’aujourd’hui. Croyez-vous que le scoutisme a encore sa place dans notre société ?
Lord Baden Powell : Tout d’abord, il faut être prudent avec ce genre d’analyse. Le scoutisme n’a pas le même impact en Europe et en Afrique, ou encore en Asie, et il est encore perçu différemment outre-atlantique. Ce ne sont pas les mêmes cultures, les jeunes n’ont pas exactement les mêmes besoins, les mêmes aspirations. Certes, le fondement et la méthode restent semblables, ceux d’entre vous qui ont participé à un Jamboree le savent, mais l’application et la mise en œuvre est différente. Je dirais que plus la société semblera marginaliser le scoutisme, plus le scoutisme sera pertinent ! Le monde vante la consommation, la satisfaction immédiate, la surpuissance de l’argent. De son côté, le scoutisme organise la résistance et apprend aux jeunes le geste gratuit, la disponibilité pour les autres, la patience et la prise en main de sa propre existence.
Catalyse : L’été prochain, les aînés unionistes vont camper à Moisson à l’occasion de leur rassemblement annuel, Canaan ; quel message voudriez-vous leur adresser ?
Lord Baden Powell : Canaan, c’est la Terre Promise des Hébreux dans la Bible… Voilà qui convient parfaitement à ce retour sur le terrain du Jamboree de la Paix, celui de 1947 ! La paix, c’est vraiment la Terre Promise de toutes les éclaireuses et de tous les éclaireurs, parce qu’ils participent eux-mêmes à son élaboration. La paix est toujours à construire, et c’est sans doute l’enseignement que devrait vous donner ce nom de «Canaan» : regardez aujourd’hui cette Terre Promise être le lieu d’un conflit israélo-palestinien qui semble sans fin… Alors vous, les aînés, ne manquez pas de montrer au plus grand nombre avec quelle détermination vous voulez bâtir et consolider la Paix : une paix intérieure, nécessaire à l’équilibre et à l’harmonie de l’être, une paix entre les hommes, au coeur de relations authentiques et fructueuses, une paix entre les peuples enfin, parce que nous vivons dans une réalité concrète, celle du monde d’aujourd’hui, et que nous sommes appelés à transformer ce monde.
Catalyse : Cher BP, merci pour cet entretien improbable !
Lord Baden Powell : J’ai eu grand plaisir à prendre ainsi la parole pour les 100 ans du scoutisme…
Propos recueillis (et imaginés) par Geoffroy Perrin-Willm

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